<< When it hurts so much, that we can't breathe. That's how we survive. >>

<< When it hurts so much, that we can't breathe. That's how we survive. >>


________C'pas juste. Non mais c'est vrai, hein. Y'a pas un jour où j'me dis que tout va bien sans avoir peur une seule seconde que tout finisse par foirer. Pas un seul jour, une seule minute, une seule putain de seconde où j'pourrais rien qu'envisager l'idée que ça puisse durer plus de quelques jours. Plus d'une semaine. Un mois peut-être. Mais merde, à la fin ! J'mérite franchement pas ça, c'est pas juste ! Savoir que tout va se finir alors qu'on vit un moment unique, c'est dégueulasse autant de cynisme, de fatalisme. C'est tellement pas juste qu'en j'en ris, merde. J'en ris ! La prochaine étape après avoir chialer toute les larmes de son corps, c'est pas de se tailler les veines ou une connerie du genre, c'est pas ça, la prochaine étape c'est de rire. Rire à en crever. Rire à en ne plus sentir ses tripes. Carrément imploser. Et moi je ris, je ris, j'fais que ça. Tout le temps, à longueur de journée. J'essayais d'le regarder avec mon regard de fille déchirée parce que j'voulais pas oublier ce moment. J'voulais pas oublier ces yeux. Il était tellement beau. J'le regardais avec ce regard de shootée parce que j'savais que j'vivais un moment unique et j'maudissais l'alcool d'm'empêcher de le voir réellement. Alors j'savais que j'oublierai les images, les paroles, les sons. Mais pas les sensations. J'savais que j'oublierai tout ça, mais que j'me souviendrai de son odeur, sa peau, la douceur de ses lèvres, que j'me souviendrai du fait que j'le trouvais tellement beau. J'en revenais pas qu'il soit si beau. J'me le répétais dans ma tête pour ne pas oublier qu'à un moment, une fois, j'ai été bien et que j'me suis pas souciée une seule putain de seconde du fait que ça n'allait pas durer. J'étais enfin libre, merde ! J'me sentais tellement bien. Complètement raide, certes, mais putain, il était divinement beau c'gars là ! J'me souviens pas d'sa voix.. J'aurais tellement aimé. J'aurais tellement voulu fermer les yeux et pouvoir l'entendre dans ma tête. Me souvenir plus précisément de cette sensation de laisser aller merveilleuse que j'ai ressentie à ce moment là. Y'avait plus rien dans ma tête. Plus de souvenirs d'un chagrin insurmontable, d'hypocrisie tellement incroyable que j'en ris, de déceptions, d'espoirs vains, de solitude totale, de mensonges absurdes. C'es fou de ne pas pouvoir apprécier le bonheur, non ? C'est vrai, il est ephémère, c'est vrai. J'suis totalement consciente du fait qu'il finit à un moment donné, mais enlevez moi ce truc merdique qui m'dit justement qu'il ne durera pas. J'veux juste être cette fille totalement imprévisible et trouillarde à propos de l'avenir. Entièrement. J'aime pas le changement, je déteste ça. Parce qu'au fond, les gens ne changent pas. Le monde autour d'eux, le paysage, les bâtiments, les décors, oui. Mais nous, nous restons les mêmes. Toujours. Nous pouvons évoluer d'une certaine manière, nous pouvons faire des choses meilleures, nous pouvons faire de nouvelles choses. Mais elles sont seulement dans l'ordre des choses. Il ne s'agit pas de changements. Il s'agit juste de nouveauté, merde ! Au fond, nous sommes tous ces êtres incompris cherchant des réponses à nos questions merdiques à propos d'un quelconque état d'âme lui aussi merdique. J'ai honte parfois. J'ai honte de venir ici, d'étaler mes sentiments, mes émotions alors que je sais pertinemment qu'il y a pire. Il y a toujours pire. C'juste que la douleur, vous êtes le seul à la ressentir. Du coup, vous êtes le pire égoïste que la Terre ait porté et vous ne pensez plus qu'à ça. C'est comme boire : il n'y a plus personne autour de vous ; les gens ne parlent pas ; vous êtes seul au milieu de tout ce vide et vous souhaitez très fort que quelqu'un finisse par faire attention à vous. Qu'une main se tende, qu'un visage distinct apparaisse, que des yeux se posent sur vous. Ils étaient bleus, je crois. Ou verts. Clairs en tout cas. C'est comme si, en les regardant, je pouvais encore tenir debout. Comme s'ils m'aidaient un peu à ne pas sombrer dans un état second et de courir vomir mes tripes aux chiottes. Et il est parti. D'un coup. J'ai pas eu la présence d'esprit de lui demander quoi que ce soit. Rien. Il est juste parti. Alors, à cause de l'alcool ? Ou bien, au fond, voulais-je seulement que la situation se reproduise ? Juste un bonheur ephémère de plus.

# Posté le mardi 29 septembre 2009 12:42

Modifié le mardi 29 septembre 2009 15:28

Si j'étais dans le train, ça serait plus cool parce qu'on serait tous au même rythme, mais moi, j'y suis pas. J'attends sur le quai.

Si j'étais dans le train, ça serait plus cool parce qu'on serait tous au même rythme, mais moi, j'y suis pas. J'attends sur le quai.


________Elle se lève. Doucement au départ, en regardant autour d'elle. Elle est debout, laissant derrière ce banc sur lequel elle avait finit par avoir l'habitude de regarder les gens venir, lui parler un peu et partir. Assise. Elle est debout maintenant, met un pied devant l'autre tout en continuant à regarder s'il n'y a pas quelqu'un. Quelqu'un pour l'aider à marcher, à avancer vers la voie. Il n'y a personne. Absolument personne. Ils sont tous dans le train. Alors elle veut faire demi tour vers son banc, mais cette irrésistible envie de remonter dans le train est là, elle aussi. Et elle n'y arrive pas, comme tétanisée, partagée, déchirée. Elle reste là, debout, seule, attendant peut-être vainement une aide. Une main surgis de nul part la tirant vers le bord, pour attendre le prochain train. S'il n'y a personne, tant pis, elle prendra le prochain. Elle attendra encore un peu, il n'y a aucun problème. Attendre, c'est c'qu'elle fait de mieux, d'ailleurs. Attendre, encore et encore. En vain. Toujours. Alors elle reste là et voit le train passer devant elle, encore. Que doit-elle faire ? Le prendre en marche ? De manière brutale, pouvant causer de graves ennuis, la blesser, la tuer même ? Quelle décision doit-elle prendre ? Elle reste là et elle semble toujours tétaniser, ne bouge pas. Attendre encore un peu ne lui fera pas de mal, n'est-ce pas ?
________Elle n'est plus dans le train depuis quelques temps déjà. Et il lui manque. Enfin, les personnes qui se trouvent à l'intérieur. Il allait trop vite pour elle, mais cela ne la dérangeait pas tellement. Elle s'y adaptait, à sa vitesse. Elle n'avait pas peur. Ce qui l'effrayait vraiment, c'était qu'elle le quitte. Et c'est c'qui est arrivé. Contre sa volonté. On l'a prise, sans ménagement, ouvert la porte et on l'a jetée sur la voie, train en marche. Elle a eu beaucoup de mal à se relever et à oublier, masquer la douleur. Elle a eu énormément de mal, à se relever, et à atteindre ce banc. Elle était comme pliée en deux, incapable du moindre mouvement. Si elle voulait se relever, la douleur revenait, lancinante, implacable, cruelle et aussi réelle qu'un pieux dans le coeur. Partout. Elle en avait mis du temps à ramper comme elle pouvait vers ce banc, avec, quelquefois, l'envie de faire demi tour et attendre le train et remonter dedans, bien qu'elle soit complètement meurtrie. Anéantie. A terre. Comme morte. Mais elle a fini par l'atteindre, cette place, ce coin. Parfois, une personne vient s'y assoir, essaie de la prendre de force, presque, et de l'attirer vers le train. Mais elle n'était pas prête. Elle avait mal encore, elle a toujours mal d'ailleurs, mais elle a finit par s'y habituer et à la combattre cette horrible douleur. Elle prend peu à peu le dessus. C'est comme une drogue. Il y a des jours où, se sentant tellement bien qu'elle s'allonge sur ce banc et sourit, seule. Et d'autres où l'envie de remonter sur ce train se fait extrémement forte, irrésistible. Mais elle y résiste, avec douleur, peine, difficulté.
Et tout d'un coup, elle fait un pas en avant. Se permettant, l'espace d'un instant, de rêver. Des choses complètement folles. Comme lorsqu'elle était dans ce train.

# Posté le dimanche 30 août 2009 12:06

Modifié le dimanche 06 septembre 2009 11:41